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Sons, formes et volumes.

Un projet né à partir de l’écoute d’un concert très particulier dans la salle de l’Aubette à Strasbourg, où chaque participant écoute de la musique avec un casque couché dans le confort d’un salon tamisé. Une immersion dans son « soi intérieur » aux sons improvisés de Thierry Balasse (microcaptation), David Jisse (voix et transformations), Christian Zanési (électronique live) et Luc Ferrari (texte) : musiciens du studio « La Muse en Circuit », pour le festival Musica 2013. Musica est né il y a trente et un ans, sous l’impulsion du ministre de la Culture et du maire de Strasbourg de l’époque pour soutenir la création en cette région de tradition musicale. Depuis 1983, 800 compositeurs ont partagé l’aventure et 3000 œuvres ont été présentées ici, dont un tiers de créations françaises et mondiales.

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Les sons peuvent-ils se manifester par des formes ? Nous avons tenté de répondre à la question par un travail de transfert de nos émotions, de nos sensations ressenties directement suite à l’écoute du son, sur le papier puis en volume.

Le son est immatériel, il se propage partout dans l’espace de façon invisible. Toutefois, si on lui prête un peu plus attention, on remarque qu’un son possède une structure. Il a un début, un rythme et une fin et nous pourrions parfois dessiner cette forme qui se déploie dans l’espace. Il semble naturel que des structures rythmiques inscrites dans le temps puissent avoir des correspondances avec des structures géométriques inscrites dans l’espace. Quel son, pour quelle forme, pour quelle couleur ? Nous n’établissons pas tous la même correspondance entre eux, mais notre conditionnement par la société nous pousse à interpréter similairement un son par l’image : un rond bleu, un triangle rouge…

Claude Debussy reprocha un jour à Erik Satie de ne pas se soucier assez de la forme dans ses compositions. Piqué au vif, Satie lui adressa peu après trois morceaux en forme de poire.

Le plus important pour s’approprier la demande du sujet, et aussi le plus difficile pour moi a été de me laisser aller, de libérer mon geste, mon corps tout entier. C’est la clef de la réussite pour transmettre notre façon de voir et d’interpréter la musique par la forme, de susciter ainsi une émotion au regard des autres sur notre travail. Rien de plus violent pour moi que de franchir ce blocage, celui de vouloir un résultat parfait, maitrisé et dompté au lieu d’être à l’écoute de soi, et de cesser de réfléchir, car c’est allé contre qui je suis : rigide, perfectionniste, appliquée des qualités qui sont aussi des barrières.

~ Dans un premier travail de mise en formes du son en 2D noir et blanc puis couleur, on s’aperçoit de mon cheminement vers une libération, une ouverture. Il est loin de me satisfaire par son résultat, son but d’être sonore, mais j’ai volontairement présenté les réalisations telles quelles, sans retouches pour montrer cette évolution vers la compréhension du sujet. C’est pourquoi elles sont organisées ainsi dans un carnet, bien qu’il aurait fallu les classer par familles de formes qui s’en dégagent, je garde à l’esprit la volonté de mutation. On augmente le niveau de difficulté lorsqu’il a fallu passer à la couleur. Travailler sur les contrastes, la tonique pour transcrire une série de sons, d’instruments différents.

Suite de la progression vers un travail en volume par de multiples expérimentations. Observer les effets, la réaction de la matière pour en dégager ceux qui font le plus échos au son. Là je m’éclate ! J’ai réalisé un carnet qui propose des photographies de différentes recherches et en cours de réalisation, avec des matériaux divers. Le carnet s’accompagne d’une boite avec quelques premiers volumes, dans un soucis, encore une fois de vouloir montrer mes débuts, un cheminement. Certaines expérimentations sont parfois en marge du sujet mais puisqu’il m’était venu à l’idée de vouloir les tester ce que, quelque part ils m’ont inspirés, alors pourquoi les exclure ? Je n’ai pas hésité à montrer non plus des expérimentations qui ont ratées, car on en tire des conclusions et des nouveaux essais.

Très vite, l’aspect du volume final se dessine, se concrétise dans ma tête. Une idée qui ne cessera d’évoluer au cours de sa réalisation – il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis. C’est particulièrement intéressant de se laisser surprendre par l’œuvre qui se créer sous nos mains et qui parfois n’est pas le résultat imaginé. Aucune création n’est en tout points identiques à celle qu’on souhaitait à la base, il faut s’adapter aux matériaux. Une cinquantaine d’heures de travail ont été accordées à ce volume avec acharnement ! - Une base de 5 couches de papier mâché sur une structure de ballons, recouverte de sciures puis de papier de soie, découpée et enfin peinte pour la finition. - Des structures filaires formées par un fil de fer gainé de tubes souples, tordu, et peint. A le lire, ça ne parait pas si compliqué… mais il a fallu faire face aux multiples problèmes notamment de déformation au contact de liquides (peinture, colle…), de délais de séchage, et la cerise sur le gâteau : dégonfler et retirer la structure en ballons avec l’espoir que tout ce travail ne s’écroule pas… croyez vous vraiment que j’ai eu cette chance ? 

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Des couleurs différentes, des formes différentes, des matières différentes pour des sons différents – mon interprétation :

• La structure lourde, stable et compacte est à la fois légère, aérienne et plus libre. En effet, les cercles et ondulations dans l’espace semblent jaillir d’un cœur sonore matérialisé par une forme organique, sorte de blob qui laisse s’échapper le son, qui l’amplifie comme des enceintes. Sa surface n’est pas lisse, il y a du mouvement à l’intérieur, vibrations qui se manifestent sous différentes formes.

• La spirale perce la paroi dans un éclat, un volume explosif et accroissant. Quant au cercle rouge est un son fin, léger répétitif, lisse et constant que l’on entend en tendant l’oreille. En parallèle, le cercle vert suit le même mouvement mais plus rapidement et sa constance est perturbée par un rythme, des oscillations différentes. Enfin cette courbe bleue est stoppée, comme un son qui ponctuellement rythme une musique puis s’efface.

• Les notes de musiques forment un noyau, une partition claire, la musique que l’on souhaite, qui se disperse, s’évase vers une trame plus abstraite, des sons aléatoires, plus dissonants, moins identifiables.

• Les couleurs gouttent, coulent lentement et se diffusent comme se propageraient les sons dans l’espace. Elles se veulent aussi lumineuses et variables pour un réel effet de mouvement et de musicalité. La lumière, à l’image du son, change et se reflète, elle est plus ou moins forte.

• Les miroirs font référence à l’écho, la réverbération du son.

• Le papier est tantôt lisse, tantôt déchiré, plié, opaque ou translucide.

• Vous l’aurez compris, forment couleurs et matières s’opposent pour matérialiser des sons contraires : Triangulaire, pointu, piquant anguleux… pour un son aigu, vif, strident… / Rond, doux, fin, lisse… pour un son agréable, régulier, constant…

Je n’en dirai pas plus, à chacun d’interpréter, de comprendre et de ressentir cette création à sa façon.

Sons, formes et volumes.
Album : Sons, formes et volumes.

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  1. Hildebrandt écrit:

    Bravo Anaïs, ton travail est tout à fait intéressant et tu as su surmonter tes difficultés pour proposer des réponses pertinentes. L’idée du blog est très bien, bonne continuation…

    Citer | Posté 18 novembre, 2013, 22:49

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